Dheepan, Jacques Audiard (2014)

Palmé d'or à Cannes, Dheepan est un film surprenant. Jamais où on l'attend, il révèle toutefois de très bonnes surprises et confirme, si on en doutait encore, le goût d'Audiard pour les personnages et son talent pour en traquer le visage caché et les secrets.

Il faut se rappeler que notre icône du cinéma d'auteur à la française est aussi et surtout friand de thrillers et que rien ne semble lui plaire d'avantage que ces instants où tout bascule. Dès lors, il aurait été bien étonnant que son Dheepan ne raconte "que" l'arrivée en France de cette fausse famille sri-lankaise et sa tentative d'intégration dans une cité HLM tout droit sortie des pires cauchemars de Sarkozy.

C'est malgré tout dans cette partie que le film est le plus réussi et que son talent pour parler des gens s'exprime le mieux. Dans les liens qui se tissent malgré soi, dans les rencontres inattendues, dans la vision d'une France dysfonctionnelle et rude par un oeil étranger meurtri... Mais sous le vernis de film social, le thriller gronde et la violence couve. L'identité secrète ronge l'âme et dévore Dheepan, ce personnage bien plus sombre que son gentil sourire à la sri-lankaise ("quand tu tombes, tu souris...") ne le laisse entrevoir. Et soudain, le film bascule, le monde s'enflamme et les repères explosent.

Ce n'est pas la partie la plus réussie du film mais elle parvient à prendre le spectateur à revers d'une façon efficace. Seule la scène finale, étrange épilogue dont on préfèrera se dire qu'il s'agit d'un songe, vient gâcher par sa naïveté guimauvesque, l'ensemble de cette oeuvre si dense.

Un film étonnant et détonnant, à découvrir !

★★★☆☆

Dheepan, Jacques Audiard (sortie le 26 août 2015)
Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby - France - 1h54
Palme d'or Cannes 2015

Synopsis
Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Une cinéphile

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